France (Loire-Atlantique) Rougé (44660)

Conflits commémorés
  • 1914-18
  • 1939-45
  • Indochine (46-54)
  • AFN-Algérie (54-62)
  • Monument communal
informations déposées par Yziquel Jacques dernière mise à jour le 12/12/2020

Description du monument

Caractéristiques

  • Structure
    • Pilier commémoratif
      • Obélisque sur socle
  • Statuaires - Soldats
    • Médaillons
      • Médaillon Tête de Poilu et Palmes
  • Représentations animalières
    • Coq(s)
      • Coq Ergot sur casque à pointe
  • Ornementation végétale
    • Feuille(s)
      • Feuille(s) de Chêne et Feuille(s) d'Olivier
    • Palme(s)
  • Ornementation religieuse
    • Croix
      • Croix latine
  • Ornementation associée [classée par ordre alphabétique du premier élément]
    • Casque...
      • Casque, palme(s)
  • Décorations militaires
    • Croix de Guerre
  • Autres éléments
    • Entourages
      • Entourage Bornes/Chaînes ou barres
Le monument est un obélisque sur socle surmonté d'un coq dressé sur un casque à pointe et entouré de chaînes. Il mesure 4,30 m de haut avec bordures à huit pans formant un tertre de 4 m x 4 m.

Matériaux

Granite gris fin de Bretagne; moellons;  le coq, la palme et les 4 croix de guerre sont en bronze
Le monument a été conçu par les Marbreries Générales Gourdon de Paris; le nom du fondeur du coq n'apparaît pas sur le monument.
Le devis signé le 30 juillet 1924 prévoit que "le monument sera livré tout fini et prêt à poser franco de port et d'emballage en gare destinataire, le camionnage  et la pose sur fondations existantes seront exécutés sous l'entière responsabilité de l'Entrepreneur par un ouvrier qu'il fournira et à qui la commune aura à fournir gratuitement: voituriers, aides et matériaux de pose nécessaires".
Le marché signé le 30 juillet 1924 fixe au 1er novembre 1924 la date limite de livraison, à défaut de quoi l'Entrepreneur aurait à payer une indemnité de retard de 10 francs par jour. En outre, l'Entrepreneur s'engage à n'employer pour l'exécution de ce monument aucun produit de provenance allemande.
La réception du monument sera prononcée le 15 janvier 1925, mais la commune abandonnera la réduction due pour retard dans la livraison tout en retenant la somme de 75 francs jugée nécessaire pour la peinture des chaînes d'entourage qui ont été livrées brutes, contrairement au contrat qui stipulait le monument fini. 
.

Economie

Prix

16 800 francs

Souscription

9 664,20 francs

Subvention commune

8 000 francs

Commentaires (économie)
Le montant des crédits votés est supérieur au devis "pour subvenir s'il y a lieu aux travaux imprévus"

Commentaires

Le nom des morts pour la France pendant la guerre 1914-1918 est gravé, dans l'ordre alphabétique, sur les 2 faces latérales et la face postérieure.
Le nom des morts pendant la guerre 1939-1945 est gravé au pied de la face antérieure du monument.

Inscriptions présentes sur le monument

A LA
MEMOIRE GLORIEUSE
DES ENFANTS DE
ROUGÉ
MORTS POUR LA FRANCE
1914-1918
ILS ONT BIEN MÉRITÉ DE LA PATRIE

Les morts

AGUESSEJulien
AILLERIEJean
AILLERIEJoseph
AMPROUJean
ANDREEugène
AUGEARDFrançois
AULNETTEJoseph
AULNETTEJean
AULNETTEJoseph
BARREEmile
BARATJoseph
BIDETPierre
BODINPierre
BODINIERProsper
BOUCHETJulien
BOUCHETPierre
BOUDETVictor
BOUDETLouis
BOULETFrançois
BOUTONArsène
BONNIERJean
BORDIERLouis
BRETAGNE Pierre
BRILLETFrançois
BRIZARDHenri
BOURDELAlexandre
CHATELAINHenri
CHATELAINJean
CHAZEAlexandre
CHEDORGEJulien
CHEVROLLIERLouis
CHERRUAUJean Bte
CHOUINPierre
CLOUETJulien
COLINJean
CORNUJoseph
COUILLEAUAuguste
COURJONJean
DAGUINArmand
DANIELJulien
DANOTLéon
DAVENELFrançois
DENIELEugène
DENIELAlexandre
DENIELLouis
DENIEULFrancis
DERVALFrancis
DOUETPierre
DUBOISHenri
DUBOURGLouis
FERRONEmile
FERRONJean
FICHARDJoseph
FICHARDAuguste
FROMENTINJean
GAGNEUXJean
GERARDJean
GOUESNARDHenri
GRANDIEREPierre
GRANDIEREFrançois
GRANDIEREAlexis
GRANDIEREAristide
GRIVELAlfred
GUERIF (Lieut)Arthur
GUIBERTJulien
GUINELJean
HALETAlbert
HERBETLouis
HERVEArmand
HERVEJoseph
HOUSSAISLouis
HUBERTJean
JANSAristide
JARREArsène
JOLAINEPaul
JOUINLéon
JOULAINArmand
LAIZEFrançois
LAMARTHEJoseph
LANOEJoseph
LAURENTLouis
LAURENTJoseph
LASSALLEMarcel
LAVIGNECharles
LEBRETONEmile
LECLERCFrançois
LELOUPJoseph
LEMEEJean
LEPEINTREJean
LERAYAuguste
LEROYEugène
LOTELLIERJean
MACEArthur
MAHEUXJoseph
MALLIERFrançois
MARCHANDJoseph
MARCHANDArmand
MARTINFrançois
MARTINMarcel
MARTINAlexandre
MARSOLLIERFrançois
MASSONFrançois
MOISONFrançois
MONIERJulien
MOUCHEREAuguste
NOUAISHenri
PAGEOTArsène
PEIGNEFrançois
PESLERBEFrançois
POULAINHenri
POTIRONLouis
PRIMAULTJoseph
PRIMAULTFrançois
PRIMEElie
PRIMEAlbert
RABOUINJean
RENAUDArsène
RENAUDLouis
RIALLANDJulien
RINFRAYElie
ROBIGAUDFélix
SUBERYAristide
TOULOUPierre
TOURNEUXLouis
LAMBERTAlphonse
ANDRÉ Eugène
BRUNEL Jean
CHANDEBEL Elie
GEFFRIAUD Robert
GRANDIÈRE Auguste
HUREL Francis
LAINE Gilbert
LAURENT Georges
MORVAN Pierre
ODIEN Julien
ROUSSEAU Alphonse
ROUSSEAU Fernand
ROUSSEAU Alphonse 1954
1958 HERSANT Gérard
1961 GRIPPAI Marie claire

Historique du monument

  • 1921
  • Délibérations Conseil municipal 25/09/1921
    Source : registre des délibérations

    Délibération du 25 septembre 1921 Objet : emplacement du monument aux Morts pour la Patrie Le Maire rappelle de nouveau au Conseil, qu'à différentes époques ...

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    Délibérations Conseil municipal 25/09/1921

    Délibération du 25 septembre 1921

    Objet : emplacement du monument aux Morts pour la Patrie

    Le Maire rappelle de nouveau au Conseil, qu'à différentes époques depuis la cession (sic) des hostilités, il a été question de l'emplacement du Monument à élever à la mémoire de nos glorieux morts pour la Patrie.

    Le cimetière avait d'abord été (désigné) proposé ;

    1. puis un terrain, face à la gendarmerie, au croisement des routes Nationale et départementale ;

    2. le haut du jardin du Presbytère en bordure de la route N°36 ;

    3. l'emplacement de l'ancien Calvaire, face à l'Eglise, près de la Poste ;

    Mais rien n'a encore été décidé, ni arrêté définitivement.

    La section de l'Union Nationale des anciens combattants à Rougé, avait au commencement de l'année courante, exprimé le désir d'exécuter le projet au plutôt. Ce qui a été impossible jusqu'à cette époque faute de ressources suffisantes ; la quête faite en 1919 n'ayant produit que 3 800F environ, placés en Bons de la défense nationale, ce qui a élevé le montant à 4 128F, déposés à la Caisse de Mr le Percepteur Receveur Municipal de Rougé.

    Cette section de l'Union nationale des Combattants s'était proposée de faire une quête nouvelle, qu'elle espérait devoir être très abondante, copieuse.

    Mais elle n'a encore rien fait.

    Il est cependant urgent, depuis trois ans que la guerre est finie de fixer et arrêter l'emplacement de ce monument, de décider une quête nouvelle pour se procurer les fonds nécessaires à son exécution et d'en finir une bonne fois pour toutes.

    Cet exposé fait,

    Plusieurs membres du Conseil, se sont décidés à proposer l'emplacement de l'ancien calvaire, face à l'Eglise, près de la Poste, tout en réservant les droits d'ouvertures dus à Mr Du Boispéan.

    Les autres conseillers, dans un but de conciliation et pour en terminer, se sont ralliés à cette proposition, tout en conservant leurs préférences.

    En conséquence, l'Assemblée Municipale décide de fixer l'emplacement du monument aux Soldats de Rougé Morts pour le France, sur le terrain restant libre entre la route départementale n°36 et les droits d'ouverture de Mr Du Boispéan près de la Poste.

    Charge :

    1. Mr Laumailler, agent voyer, d'en fixer les limites et d'établir un projet de plan pour ce monument en beau granit, à la mémoire de ses Chers glorieux disparus.

    2. Mr Digue Jean Marie de faire exécuter une seconde quête, ce qu'il a accepté.

    Ainsi délibéré les jours, mois et an dits.

     

     

  • 1923
  • Délibérations Conseil municipal 04/11/1923
    Source : registre des délibérations

    Délibération du 4 novembre 1923 Objet: emplacement du Monument aux Morts pour la Patrie L'an mil neuf cent vingt trois, le quatre novembre à ...

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    Délibérations Conseil municipal 04/11/1923

    Délibération du 4 novembre 1923

    Objet: emplacement du Monument aux Morts pour la Patrie

    L'an mil neuf cent vingt trois, le quatre novembre à neuf heurs, les Membres du Conseil Municipal de Rougé, régulièrement convoqués, se sont réunis salle de la Mairie, lieu ordinaire de leurs séances, sous la Présidence de Mr Créant, Maire.

    Etaient présents: M.M. Bily, Frémont, Du Boispéan, mouchère, Créant, Digue, Bourdais, Loré, Houssais, Besnier, Guibert, Hervé, Perrin, Masson et Gautier François, ainsi que Mr Laumaillé, agent-voyer, spécialement convoqués.

    Absents : M.M. Chauvin, Gautier Jean, Tourneux et Langlais.

    Monsieur Frémont a été élu secrétaire;

    Le Maire leur expose que le but principal sur la réunion est de choisir et fixer définitivement l'emplacement où devra être édifié le monument à élever à la mémoire des Militaires de Rougé, morts pour la Patrie.

    La majorité du Conseil étant d'avis d'élever ce monument près de la maison de la poste, face à l'église,

    L'Assemblée s'est transportée sur le terrain; là, Monsieur Laumaillé en a délimité l'espace : entre le chemin vicinal de grande communication n°36, traversant le bourg et la propriété de Mr Du Boispéan, en réservant à celui-ci un passage d'au moins trois mètres soixante centimètres de largeur pour lui permettre au besoin d'ouvrir une porte cochère pour la servitude de sa maison de la poste.

    L'agent-voyer a également envisagé l'établissement d'un chemin rural venant de la Chesnais au bourg par l'ancien chemin du Vieux Four.

    Il a fait placer trois piquets en fer enfoncés en terre pour arrêter près le chemin vicinal n°36 la limite de ce monument en question, dont l'assise de forme sexagone fera face à l'axe de cette route n°36.

    Ainsi délibéré......

  • 1924
  • Délibérations Conseil municipal 20/07/1924
    Source : registre des délibérations

    Délibération du 20 juillet 1924 objet : autorisation de passer marché de gré à gré. Le Conseil, vu les devis et plans, dressés par Mr ...

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    Délibérations Conseil municipal 20/07/1924

    Délibération du 20 juillet 1924

    objet : autorisation de passer marché de gré à gré.

    Le Conseil, vu les devis et plans, dressés par Mr Gourdon, pour érection d'un monument aux Morts pour la Patrie,

    Considérant:

    que la somme de 16 800F prévue au devis n'est pas exagérée

    qu'une adjudication ne réunirait que peu de concurrents, les spécialistes en travaux de cette nature étant rares

    Délibère:

    Autorise Mr le Maire à passer un marché de gré à gré, avec Mr Gourdon, entrepreneur pour la somme prévue au devis.

    Ainsi délibéré...

    (délibération approuvée par le Préfet le 25 août 1924 et adressée au Percepteur le 2 septembre 1924)

     

  • Délibérations Conseil municipal 20/07/1924
    Source : registre des délibérations

    délibération du 20 juillet 1924, vote de crédits budgétaires - objet : vote de crédits pour l'érection du Monument aux Morts. Le Maire communique à ...

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    Délibérations Conseil municipal 20/07/1924

    délibération du 20 juillet 1924, vote de crédits budgétaires

    - objet : vote de crédits pour l'érection du Monument aux Morts.

    Le Maire communique à l'assemblée municipale les plans et devis qu'il a reçu de Mr Gourdon, Directeur des Marbreries Générales, demeurant à Paris, en vue de l'érection d'un monument à la mémoire des enfants Rougé Morts pour la France, et s'élevant à la somme de 16 800F.

    Le Conseil, après examen de ces plans et devis en en raison du retard apporté à l'exécution de ces travaux et des ressources dont dispose la commune se répartissant comme suit:

    - 1ère souscription = 4 129,70F

    - somme votée par le Conseil Municipal = 2 000F

    - 2ème souscription = 5 534,50F

    Total = 11 664,50F

    Qu'une somme d'environ 6 000F est nécessaire pour parfaire cette dépense et subvenir s'il y a lieu aux travaux imprévus

    Délibère

    La somme de 6 000 francs sera prise sur les fonds libres de l'exercice 1924

    Et prie Monsieur le Préfet de bien vouloir autoriser cette dépense pour addition aux budgets dudit exercice.

    Ainsi délibéré....

    (délibération approuvée par le Préfet le 25 août 1924 et adressée au Percepteur le 2 septembre 1924)

  • Marché de gré à gré 30/07/1924
    Source : archives départementales 44

    marché de gré à gré signé le 30 juillet 1924

  • Devis 30/07/1924
    Source : archives départementales 44

    devis du 30 juillet 1924

  • 1925
  • Procès-verbal de Réception 15/01/1925
    Source : archives départementales 44

    Procès verbal de réception du 15 janvier 1925 "Les membres de la Commission des Travaux Publics de la Commune de Rougé se sont réunis ce jour quinze ...

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    Procès-verbal de Réception 15/01/1925

    Procès verbal de réception du 15 janvier 1925

    "Les membres de la Commission des Travaux Publics de la Commune de Rougé se sont réunis ce jour quinze janvier mil neuf cent vingt cinq, en vue de la réception des travaux du Monument aux Morts de Rougé.

    Les travaux de ce monument exécutés par M. Gourdon conformément aux plan et devis, ont été acceptés par cette Commission qui, en raison de la bonne exécution des dits travaux, abandonne la réduction de l'indemnité due pour retard dans la livraison mais décide de retenir sur le montant du devis une somme de soixante quinze francs, jugée nécessaire pour la peinture des chaînes d'entourage qui ont été livrées brutes, contrairement au contrat qui stipulait le monument fini".

     

  • Inauguration 25/04/1925
    Source : Le Courrier de Châteaubriant et de sa région

    Relation de l'inauguration du monument aux morts dans "Le Courrier de Châteaubriant et de la région" du 25 avril 1925. INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE ROUGÉ ...

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    Inauguration 25/04/1925

    Relation de l'inauguration du monument aux morts dans "Le Courrier de Châteaubriant et de la région" du 25 avril 1925.

    INAUGURATION DU MONUMENT AUX MORTS DE ROUGÉ 19 AVRIL 1925

     

    La commune de Rougé a vécu, dimanche dernier, une matinée de pieuse commémoration, à l'occasion de l'inauguration de son monument aux morts de la guerre.

    Cette inauguration a revêtu un caractère de simplicité et d'intimité qui n'était pas sans grandeur.

    Il y avait, au bourg, la foule des grands jours. Le souvenir des 124 enfants tombés au champ d'honneur avait rassemblé tous leurs parents et tous leurs amis. Ceux-ci se trouvaient unis de cœur par les mêmes pensées de tristesse et de fierté. Le ciel lui-même, s'harmonisant avec le caractère de la cérémonie, avait pris des teintes de grisaille. Cette solennité ne pouvait bénéficier d'une ambiance meilleure.

     

    LA MESSE

     

    La foule a commencé à prier Dieu avec ferveur: c'était le premier devoir nécessaire. Par la prière au cours du saint-office, les âmes des vivants pouvaient aller rejoindre celle des morts et leur compassion devenir réciproque. Ce commerce des âmes a été si bien compris de tous qu'il n'y a pas eu assez de place dans l'église, pourtant spacieuse, pour contenir l'extraordinaire affluence.

    Au premier rang on pouvait remarquer : MM. le marquis de la Ferronnays et Ginoux-Defermon, députés de la Loirs-Inférieure ; Touzé, sous-préfet de Châteaubriant ; A. Billy, conseiller général ; docteur Chauvin, conseiller d'arrondissement ; le comte du Boispéan, maire de Rougé ; Lelièvre, adjoint ; le chef d'escadron de Macquillé, du 335ème d'artillerie, représentant le général commandant le XIème Corps d'Armée ;

    MM. les Membres du conseil municipal de Rougé ; M. le Vicomte du Boispéan, maire de Fercé ; M. le Juge de Paix ; M. le Receveur des Postes ; M. Boudet, notaire ; M. Ch. Billy, avocat à Rennes, ancien bâtonnier ; M. le vicomte de Cambourg, de Fercé ; M. Fardet, receveur de l'enregistrement à Châteaubriant ; M. Couapel, greffier de paix ; le brigadier de gendarmerie et ses hommes etc.

    Les délégations des sociétés de combattants et de mutilés avaient aussi leurs places réservées. Leurs drapeaux étaient dressés à la hauteur de la sainte table. Noté la présence de : MM. François Laumaillé et Baur, de l'Union des poilus de Châteaubriant ; Noël des mutilés ; Chatelain des A.P.G. ; plusieurs membres des combattants, mutilés et A.P.G. de Fercé.

    M. l'abbé Noblet, curé de Rougé, a dit la messe que coupaient de très jolis chants exécutés par les jeunes filles de l'école libre dirigées par M. l'abbé Richard. La messe s'est terminée par une cantate qu'a chantée avec beaucoup de goût, M. Dardalon et que reprenaient les chœurs d'hommes et de jeunes filles.

    L'harmonium était tenu, avec beaucoup de talent, par Mlle E. Frémont.

    Du haut de la chaire le R.P. Esnault devait magnifiquement dégager la signification et la portée de la manifestation du jour. C'est, dit-il, une pensée patriotique et nationale qui a fait élever une stèle à la mémoire des Rougéens, tombés au champ d'honneur. C'est une pensée surnaturelle et délicate qui a groupé aujourd'hui une imposante assistance au pied de l'autel.

    Cette cérémonie évoque le passé : elle nous rappelle aussi, en effet, la guerre, aussi bien dans ses angoisses et dans ses misères. Elle intéresse le présent, puisqu'elle fit œuvre de conciliation et de paix, en unissant l'unanimité des hommes et en consolant ceux qui pleurent. En outre, elle prépare : l'avenir des martyrs qui sont tombés, par nos prières ne cessent d'être utiles à leurs âmes : l'avenir de la France, qui s'affranchit à jamais du joug de l'étranger; l'avenir de tous les survivants auxquels profitent les prières des défunts.

    Mon Dieu, a supplié le R.P. Esnault dans sa péroraison, faites que ces victimes ne soient pas vaines et que la France, auréolée par ces sacrifices, puisse marcher dans le progrès vers la liberté, vers ses destinées immortelles.

    L'auditoire a été profondément remué par cette page d'éloquence, à la fois substantielle et brillante.

    Dans le silence et la gravité des méditations intimes, les assistants ont quitté l'église après l'absoute, donnée par M. l'abbé Moreau, professeur au collège d'Ancenis. Ils sont allés aussitôt se grouper sur la place centrale du bourg, autour du monument dont on connaît la simplicité de lignes, les émouvants symboles et les heureuses proportions.

     

    AUTOUR DU MONUMENT

     

    En bon ordre, les groupes participant à l'inauguration proprement dite sont venus se placer autour du monument, dont on avait délicatement paré les abords avec de la verdure et du gazon. Les autorités, le clergé, les veuves, les combattants, les mutilés, les enfants des écoles et la musique ayant occupé leurs emplacements assignés d'avance, le cercle s'est trouvé fermé par l'énorme assistance, qu'on a fait approcher pour mieux voir et entendre.

    M. le curé a tout d'abord procédé à la bénédiction solennelle de la stèle, puis il a prononcé une courte allocution pour nous exhorter à prier pour les morts. C'est le meilleur moyen, dit-il, de leur témoigner notre reconnaissance. Notre prière leur est utile et elle est agréable à Dieu. Prions...

    Répondant aussitôt à l'invite du vénéré pasteur, la foule a récité un Pater et un Ave Maria dans un recueillement profond.

    Puis, M. le comte du Boispéan, maire de Rougé, a ouvert la série des discours :

     

    DISCOURS DE M. du BOISPÉAN

     

    Mes chers concitoyens,

    La France a laissé, sur les champs de bataille de la grande guerre, un million et demi de ses défenseurs ; nous les entourons de tout notre amour reconnaissant. Mais chaque commune désire honorer d'un culte plus spécial, ceux des enfants qui, en succombant, ont fait rejaillir sur elle la gloire qui entoure leur sacrifice.

    C'est pour commémorer ce sacrifice, ces souffrances, cette mort des soldats de chez nous, que la commune de Rougé a élevé ce monument.

    Symbole de reconnaissance et de pieux souvenir ; symbole aussi de fierté, bien légitime, pour les familles éprouvées et pour la commune toute entière, ce monument attirera chaque jour notre attention et tournera nos pensées vers ces héros du devoir à jamais disparus.

    Il luttera contre l'oubli des indifférents, l'égoïsme des sceptiques disposés déjà à oublier, hélas ! Que tous ces biens dont ils jouissent, ils les doivent aux combattants morts pour la paix et la liberté de la France.

    Mais un monument, si imposant soit-il, est par lui-même, une masse inerte, il ne prend de valeur que par les significations que nous y attachons, par les réflexions que sa vue nous inspire .

    Nous l'avons choisi de granit, pour que persistent parmi nous, les noms des chers disparus, comme persistera à Rougé, de génération en génération, leur esprit de vaillance et de sacrifice.

    Sur le socle, nous avons gravé la croix, symbole de leur foi et de leur espérance : la croix qui a veillé sur eux dans la petite tombe du front, et qui les garde ici maintenant jusqu'à la résurrection.

    Ce monument se termine par le coq gaulois chantant victoire : image de la Patrie délivrée des barbares. Un jour de l'été 1914, l'aigle allemand s'est abattu sur le coq gaulois, l'aigle rapace et cruel, aux ailes immenses, aux serres puissantes, au bec terrible ; mais l'oiseau de France n'a pas voulu mourir ; il a combattu avec ténacité ; et ses chants victorieux ont annoncé la fuite de son cruel agresseur.

    Sur le haut de ce monument, chante coq de France ; chante la beauté de notre pays resté Français ; chante l'union de tous ses enfants ; chante un hymne de reconnaissance à nos soldats tombés.

    Mes chers concitoyens,

    Je suis heureux d'être aujourd'hui l'interprète du C.M. pour vous remettre ce monument que vous nous avez chargés d'élever. Nous le confions à la population toute entière. Vous en serez les gardiens fidèles. Vous l'entourerez d'un pieux respect. Vous aimerez à y amener vos enfants pour leur redire avec le nom de ces héros, comment ils on su vivre et mourir pour la patrie.

    Pour, vous, pour vos cœurs fidèles, ce qui fait le prix de votre monument, ce qui lui donne toute sa valeur, ce qui vous le rend si cher : ce sont les 124 noms glorieux gravés sur son socle.

    Noms pour lesquels va se faire entendre un ultime appel :

    La liste des 124 noms glorieux a été alors répétée, faisant défiler autant de physionomies connues et aimées, dont le souvenir est gardé vivace. Par intervalles réguliers, un ancien combattant, M Albert Esnault, président de la section locale de l'U.N.C., répondait : « Mort pour la France! ». Appel long et émouvant, qui prouve combien la commune de Rougé a souffert de la guerre.

     

    M . A. Billy, conseiller général du canton, a traduit ensuite ses impressions de la manière suivante :

     

    DISCOURS DE M. BILLY

     

    Monsieur le Sous-Préfet,

    Messieurs les Députés,

    Mesdames, Messieurs,

    Profondément ému, mais animé en même temps d'un vif sentiment de fierté patriotique devant ce monument qui nous rappelle tant de deuils et aussi tant de gloire, je veux à mon tour apporter aux combattants de la commune de Rougé qui sont tombés au champ d'honneur pendant la dernière guerre, l'hommage de notre très vive admiration, de nos regrets les plus sincères, de notre pieux souvenir et de notre éternelle reconnaissance.

    Le 1er août 1914, il y a bientôt onze ans, un ordre de mobilisation est venu les atteindre, les enjoignant d'aller défendre la Patrie.

    Pendant près de cinq années, soumis aux plus dures épreuves, exposés à tous les dangers, vivant dans des sapes profondes et luttant dans les tranchées sanglantes, nous les avons vus constamment sur la brèche, tenant courageusement contre un ennemi redoutable, pour assurer notre sauvegarde et notre sécurité.

    Depuis le début des hostilités jusqu'au moment où la mort est venue les frapper, ils n'ont eu qu'une pensée et qu'un but : libérer notre pays de l'invasion et nous donner la victoire.

    Cette victoire, ils l'ont emportée par leur ténacité, leur énergie, leur mépris du danger, avec l'aide de leurs camarades et de nos fidèles alliés.

    Aussi, quelle reconnaissance ne devons nous pas à ceux qui ont si vaillamment opposé leurs poitrines aux coups d'un adversaire implacable et cruellement sauvage.

    D'autres voix plus autorisées que la mienne pourront vous dire les souffrances qu'ils ont endurées, les privations qu'ils ont subies, les combats meurtriers qu'ils ont livrés : pour moi qui n'ai jamais vécu avec eux ces heures douloureuses je veux me borner simplement à symboliser en peu de mots de monument élevé à la mémoire de nos concitoyens pour commémorer leur bravoure.

    Monument de gloire

    Monument de piété

    Monument du souvenir

    Telles ont été les trois pensées que nous nous sommes efforcés de réaliser dans l'érection de cette stèle majestueuse qui se dresse vers le ciel, couronnée de l'emblème national.

     

    Après avoir uni nos larmes à celles des familles qui pleurent, nous avons voulu laisser pour les générations futures, un témoignage durable de notre indéfectible gratitude à ces héros disparus.

    Avec le cours du temps, les jeunes, succédant aux jeunes, s'inclineront pieusement devant ce bronze et ce granit élevé en l'honneur de leurs aînés et le coq gaulois qui le surmonte, montant sa noble faction et gardien vigilant, restera sans doute là, semblant dire à ceux qui viendront après nous et circuleront sur cette place : Passants, arrêtez-vous et saluez, c'est ici le monument élevé à la gloire des enfants de Rougé morts pour la France. Souvenez-vous en toujours, ne les oubliez jamais.

     

    Après ces nobles paroles, la fanfare dirigée par M. Cottrel, a exécuté la marche funèbre de Chopin et les jeunes filles de l'école libre ont chanté une Cantate ayant pour thème l'espérance d'un « au-revoir ».

    M. Ginoux-Defermon, notre sympathique député, parlant ensuite au nom de ses amis parlementaires, a salué en termes vibrants les morts héroïques de Rougé et a tiré, de leur sacrifice et des événements actuels, la leçon nécessaire.

    Dix ans ont passé, dit-il, depuis la déclaration de guerre, et l'on peut se demander si nous avons été victorieux. L'égoïsme des autres peuples a fait de nous des isolés. Le problème des réparations n'a point été résolu et nous sommes sous le coup d'une nouvelle agression de l'Allemagne. Notre salut est donc dans l'union, maintenue par une politique de pacification, qui nous assure la paix des cœurs et des consciences.

    Après un choeur exécuté par les écoliers et dirigé par M. Cottrel, les jeunes filles de l'école libre sont venues déposer chacune un bouquet sur la pierre du monument. Déjà, celle-ci avait été ornée d'une palme de bronze, offerte par le Conseil Municipal ; d'une couronne de verdure, don du Souvenir Français, et d'une troisième couronne, celle-ci en fleurs naturelles et très remarquée, portée par la délégation de Fercé.

     

    M. le Sous-Préfet a terminé la série des discours. Vos morts, dit-il, ont souffert pour que nous ne souffrions plus. Le Gouvernement de la République ne supportera pas que ces souffrances soient inutiles. La Marseillaise ayant retenti, M. le Chef d'escadron de Macquillé est sorti des rangs et, face au monument, avec le cérémonial accoutumé a remis la médaille militaire au sergent Cottrel et au caporal Fichard.

    Les applaudissements ont alors crépité. Ayant passé par diverses émotions, l'assistance devait se retirer, emportant de la cérémonie une impression profonde, de pitié et de réconfort. Les cœurs avaient battu à l'unisson, dans une atmosphère de tristesse et d'espoir.

     

     

    LE BANQUET

     

    L'union sacrée qui s'était affirmée au cours des solennités religieuses et civiles, a donné aux agapes qui ont suivi un caractère très cordial. Soixante dix convives ont partagé le repas des poilus préparé par M. Cottrel, restaurateur à Rougé.

    La table avait été dressée en fer à cheval dans la salle du Cercle Catholique, décorée pour la circonstance.

    Les places d'honneur étaient occupées par M. le député Ginoux-Defermon, par les notabilités locales et par les invités.

    D'aimables serveuses ont fait circuler les plats, dont le contenu a été apprécié.

    Au champagne, M. Ginoux-Defermon a excusé ses collègues parlementaires absents : MM. Juigné, Lecour-Grandmaison et de la Ferronnays, ce dernier obligé de repartir pour Nantes où on l'attendait à la séance de clôture du congrès national de l'A.C.J.F. Puis, il a présenté ses remerciements à tous les animateurs de cette manifestation du souvenir. Et il a conclu en levant son verre au distingué maire, aux conseillers municipaux et aux combattants de Rougé.

    M. le comte du Boispéan, parlant à son tour, a exprimé sa gratitude personnelle à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à l'organisation et à la réussite de la cérémonie du jour. Il a eu un mot de reconnaissance spéciale pour MM. les parlementaires qui ont été de généreux souscripteurs pour l'oeuvre du monument. Il n'a oublié personne dans ses compliments.

    A notre tour de lui exprimer nos félicitations pour son intelligente activité et son tact parfait. Monsieur le Maire du Boispéan a donné en cette circonstance, comme en beaucoup d'autres, la mesure de son dévouement aux intérêts matériels et moraux de la commune de Rougé. Il s'est dépensé avec la meilleure grâce du monde, notamment en ce jour d'apothéose, qu'avait préparé de longue main sa municipalité. A cette œuvre, son nom restera attaché.

    Les 124 enfants de Rougé, tombés sur les champs de bataille, ont eu les honneurs qu'ils méritaient de leur petite patrie. Le granit de Bretagne perpétuera leurs noms glorieux. Et c'est justice, puisqu'ils sont morts pour que la France vive...

     

     

    Le Courrier de Châteaubriant et de la Région, 25 avril 1925

     

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Localisation

Rue/Route
à l'intersection de la rue de la Gare et de la rue des Cohardières, près de la mairie et face à l'église.
Le choix de l'emplacement du monument a fait l'objet de bien de discussions, le Conseil municipal ayant choisi l'emplacement le 25 septembre 1921 puis, le même emplacement, mais de façon définitive le 4 novembre 1923.