France (Loire-Atlantique) Moisdon-la-Rivière (44520)

Conflits commémorés
  • 1914-18
  • 1939-45
  • AFN-Algérie (54-62)
  • Monument communal
informations déposées par Yziquel Jacques dernière mise à jour le 26/04/2016

Description du monument

Caractéristiques

  • Structure
    • Pilier commémoratif
      • Piédestal
  • Autres éléments
    • Entourages
      • Entourage avec obus
      • Entourage Bornes/Chaînes ou barres
  • Ornementation religieuse
    • Croix
      • Croix pattée
  • Ornementation végétale
    • Feuille(s)
      • Feuille(s) d'Olivier
    • Couronne
      • Couronne végétale
  • Ornementation militaire - Armes
    • Armes
      • Obusier
  • Décorations militaires
    • Croix de Guerre
  • Statuaires féminines
    • Femme - Représentation symbolique
      • Jeanne d'Arc

Le monument se compose d’un piédestal, dressé sur un triple emmarchement et  surmonté d’une statue de « Jeanne  d’Arc au sacre tenant son drapeau » acquis auprès de l’Union Artistique de Vaucouleurs, « les plus vastes établissements d’art religieux du monde », pour reprendre les termes de l’entête de ses courriers… Ce modèle figurait déjà au catalogue de l’Union Artistique de 1893.

Une chaîne fixée sur quatre bornes et quatre obus entoure le monument. Ces obus vides de 155, d'un poids total de 160kg,  faisaient partie des "trophées de guerre" que les communes pouvaient demander, les frais de transport étant à leur charge.

Le nom des morts de la guerre 1939-1945 est gravé sur une plaque en marbre  fixée sur la face antérieure du monument, sur le socle, sous la statue. Cette plaque comporte également le nom de deux soldats morts pendant la guerre d’Algérie.

Le nom, difficilement lisible,  des 111 soldats morts pendant la guerre 1914-1918, classé dans un ordre alphabétique approximatif,   est gravé sur des plaques en marbre disposées sur les trois autres faces du monument.

Devant le monument, on remarquera un  mortier de 58mm T (n° 1 ou 2 ?), la lettre T signifiant tranchée. Les tirs d’artillerie devaient atteindre, depuis une tranchée, et par un tir courbe, l’intérieur d’une tranchée, ce qu’un canon de 75mm ne pouvait effectuer. Tirant des bombes à ailettes, ce type de mortier s’imposera dans l’artillerie de tranchée pendant toute la guerre et ce dès le début de l’année 1915. (source www.musee-armee). En forme de petit crapaud, ce  mortier sera appelé « crapouillot ». Cet élément décoratif se retrouve, en deux exemplaires,  au pied du  monument aux morts de la proche commune de Soudan.

Matériaux

  • Statue en fonte
  • Piédestal en granit (pierre de Juigné-des-Moutiers, carrière du Fertais)
  • Plaques commémoratives en granit belge

Economie

Commentaires (économie)

Le 16 juillet 1922, le conseil municipal votera un crédit de 200F pour l’acquisition d’une palme qui sera déposée au pied du monument aux morts.

Hors achat de la statue, le coût de construction du monument s'est élevé à 7.245,35F

- fourniture du monument en pierre de Juigné: 4.600F

- travaux (pose du monument): 1.294F

- fournitures diverses: 118,75F

- plaque de granit belge et gravage de 929 lettres : 552,60F

A cette somme vient s'ajouter le coût du transport de 4 obus de 155 vides, d'un mortier et de ses accessoires,  de la gare d'Issé à la mairie de Moisdon-la-Rivière soit 30F.

Commentaires

Pendant la guerre 1914-1918, une seule délibération prise par le Conseil Municipal se rapporte à cette guerre.

Cette délibération du 18 juin 1916 demande au Préfet l’autorisation de «  bien vouloir lui permettre d’accorder gratuitement une concession à perpétuité dans le cimetière de Moisdon pour ces braves enfants dont les corps pourront être ramenés après les hostilités.

Le conseil vote une somme de 170 F, prélevée sur les ressources disponibles au budget additionnel de l’exercice 1916 pour la préparation des caveaux ».

S’agissant du monument aux morts, les archives de la commune ainsi que les Archives Départementales ne renferment aucun document permettant de connaître les modalités de sa construction aussi bien que de son coût.

Le projet d’érection fut mené par un « Comité d’érection du Monument aux Morts » qui remit le monument à la commune lors de son inauguration le 23 juillet 1922. Au cours de celle-ci, en effet, «  M. le docteur Bernier, président de l’U.N.C. de Moisdon et du Comité d’érection, dit sa joie d’avoir réussi à élever, avec le concours de tous, ce monument de la reconnaissance, dont il fit remise à la municipalité ».

Dans son numéro daté du 29 juillet 1922, Le Courrier de Châteaubriant et de la région relata, dans son style lyrique et « pompeux » habituel la cérémonie.

Mais, dans son numéro du 19 août 1922, « La Pince sans rire », journal nantais d’extrême droite dont la parution s’est  étalée du 2 octobre 1920 au 18 août 1923, lança la polémique, critiquant vertement le choix d’une statue de Jeanne d’Arc  pour honorer les Poilus, ridiculisant, avec une plume particulièrement féroce,  la commune devenue « Moidère-le-Rivedon », ses élus, le comité d’érection  ainsi que ce «  chef-lieu de canton le plus morose de France ». Dans son édition du 2 septembre 1922, le rédacteur de l’article se félicitera malgré tout « de n’y être allé qu’avec le dos de la plume » !!!
(tous les articles se trouvent dans la rubrique « événements »).

Le choix d’une statue de Jeanne d’Arc pour honorer les poilus fut également contesté dans la commune voisine de Saint-Aubin-des-Châteaux.

Inscriptions présentes sur le monument

Deux inscriptions figurent sur la face antérieure du piédestal

PRO PATRIA

1914-1918

1939-1945

MOISDON-LA-RIVIÈRE
À SES GLORIEUX SOLDATS
MORTS POUR LA FRANCE

Les morts

H. AUBIN
J.B. BOULAY
J. BIORET
A. BIORET
J. BRUNEL
J BRÉHIER
G. BEJET
F. BELOUARD
A. BURON
E. BURON
JM BLANCHARD
J. BOUJU
P.M. BEAUCHENE
L. BOURET
A. BONNIER
A. BENNIER
F. BOUJARD
A. BOURDEL
A. BILLON
F. BELLOEIL
R. BRIDEL
E. BRIDEL
E. CHATAIGNÉ
L. CHEVALIER
R. CADIOT
A. CHÉNEAU
R. CLAVIER
J.B. COURAND
R. COTTIER
J. COTTIER
E. COTTINEAU
J. CHAUVIGNÉ
J.M. CHAPEAU
F. CHAUVIGNÉ
J. COUET
E. DUPIN
A. DUDOUET
F. DAUFFY
J.M. DAUFFY
R. DAUFFY
P.M. DAUFFY
J.M.J. DAUFFY
L. DAUFFY
F. DIAIS
J.M. DELAUNAY
L. DUCHESNE
F. DENIEL
J.M. DUDOUET
A. DUDOUET
H. FRASLIN
F. FRASLIN
H. FERRON
E. FOUCAULD
... GUÉRIN
J.M. GAUCHET
L. GRAINDORGE
L. GOBBÉ
J. GOBBÉ
M. GAUTIER
E. GAUTIER
E. GOISNARD
E. GLEDEL
E. GLEDEL
F. GOUEDEUX
J. HUNEAU
J.M. HOUGUET
F. HOUGUET
J. HOULARD
J. HOULARD
A. HUNEAU
S. HAMON
A. LERAY
L. LEROY
F. LAMBALLAIS
A. LAMBALLAIS
J. LUCAS
J. LUNEAU
A. MÉNARD
A. MÉNARD
P. MÉNARD
L. MÉNARD
J. MÉNARD
H. MALLIER
F. MOISON
L. MOISON
E. PRODHOMME
J. PALIERNE
P. PASSELANDE
E. PICHOT
... RENAUD
J. RABU
J. ROUILLE
B. ROUL
J.B. ROUL
A. ROUL
L. ROUL
E. ROUÉ
L. RICOUL
J. RAVARY
J. ROUGÉ
L. RENAUD
J. ROUSSEAU
F. ROBERT
P. RIVIÈRE
L. TARDIF
J. TOULOUX
L. TOULOUX
P. VOITON
A. CHATAIGNER
A. MORILLE
P. GINOUX DEFERMON
B. BAUDUZ
P. RUFFEL
J. NIZON
J. LUNEAU
G. RABOUESNEL
R. PINARD
L. LALLOUÉ
L. ARZAUD

Historique du monument

  • 1916
  • Délibérations Conseil municipal 18/06/1916
    Source : registre des délibérations

    Aux morts pour la France Délibération du 18 juin 1916 Objet : Aux Morts pour la France Le Conseil Municipal, désireux de ...

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    Délibérations Conseil municipal 18/06/1916

    Aux morts pour la France

    Délibération du 18 juin 1916

    Objet : Aux Morts pour la France

    Le Conseil Municipal, désireux de perpétuer le souvenir des vaillants Moisdonnais,  Morts pour la France, demande qu’il plaise à M. le Préfet du département de bien vouloir lui permettre d’accorder gratuitement une concession à perpétuité dans le cimetière de Moisdon pour ces braves enfants dont les corps pourront être ramenés après les hostilités.

    Le conseil vote une somme de 170F, prélevée sur les ressources disponibles au budget additionnel de l’exercice 1916 pour la préparation des caveaux.

    Une autre somme de 50F prélevée sur les mêmes ressources, pour le cercueil de de Gouëdeux  Prosper, blessé en 1914, fait prisonnier, puis rapatrié comme grand blessé, et mort de la tuberculose contractée dans les camps allemands.

  • 1921
  • Autres 02/04/1921
    Source : Le Courrier de Châteaubriant et de la région

    25 mars 1921: obsèques solennelles de deux soldats dont le corps a été ramené du front.

  • Autres 10/11/1921
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    bon de livraison d'un mortier et de ses accessoires

  • 1922
  • Autres 16/01/1922
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    Bon de livraison de 4 obus de 155 vides

  • Factures 12/02/1922
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    facture transport de 4 obus et d'un mortier (de la gare d'Issé à Moisdon-la-Rivière)

  • Factures 23/04/1922
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    facture du monument (Entreprise Hervé)

  • Factures 24/04/1922
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    facture pose du monument

  • Autres 24/04/1922
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    attestation de paiement signée du président du Comité d'érection du monument

  • Délibérations Conseil municipal 16/06/1922
    Source : registre des délibérations

    MOISDON LA RIVIERE Délibération du 16 juillet 1922 Objet : offre d’une palme au Monument aux Morts. Monsieur le Président propose au ...

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    Délibérations Conseil municipal 16/06/1922

    MOISDON LA RIVIERE

    Délibération du 16 juillet 1922

    Objet : offre d’une palme au Monument aux Morts.

    Monsieur le Président propose au conseil d’offrir une palme, laquelle sera déposée au pied du Monument aux morts.

    Le Conseil partage l’idée gracieuse et sympathique du président et vote une somme totale de deux cents francs à inscrire à l’additionnel de 1922.

  • Factures 30/06/1922
    Source : archives commune de Moisdon-la-Rivière

    factrure du marbrier (plaques et gravage)

  • Inauguration 30/07/1922
  • Inauguration - Presse 04/08/1922
    Source : Le Courrier de Châteaubriant et de la région

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 29 juillet 1922 Bénédiction du monument aux morts Dimanche dernier a eu lieu à Moisdon la ...

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    Inauguration - Presse 04/08/1922

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 29 juillet 1922

    Bénédiction du monument aux morts

    Dimanche dernier a eu lieu à Moisdon la bénédiction du monument aux morts de la guerre : vraie fête du souvenir, dans l’union de tous les cœurs qui avaient conscience de rendre un culte aux âmes immortelles des chers disparus plus encore qu’à leur glorieuse mémoire.

    La messe fut dite par M. l’abbé Hardy, enfant de la paroisse. A voir l’antique église remplie de cette foule émue, on oubliait son architecture un peu fruste pour ne songer qu’au charme vénérable de son âge, comme si les générations nombreuses dont elle a entendu les prières revenaient en un tel jour entre ses vieux murs unir leur hommage à ceux des vivants.

    Au premier rang, les représentants du Sénat et de la Chambre : M.M. de Landemont, Ginoux-Defermon, de la Ferronays, de Juigné et Lecour- Grandmaison ; derrière eux, le Conseil Municipal, regrettant l’absence de M. Palierne, adjoint, que la maladie a privé de cette joie; le Conseil paroissial, les représentants de toutes les sociétés patriotiques, les pompiers et la population toute entière.

    La fanfare Saint Cécile, sous l’habile direction de son sympathique chef M. Joseph Vié, joua une entrée, au rythme grave, comme il convenait à cette cérémonie. Puis, alternant avec le chœur des jeunes filles, les musiciens chantèrent : une émouvante litanie, due à la plume de l’abbé Bellouard, prêtre-soldat ; "Seigneur, ayez pitié de ceux qui ne sont plus", un lent et beau cantique de l’abbé Prézelin, " Seigneur, vous avez pris nos époux et nos frères", et enfin, l’entraînante cantate du chanoine Lurent, "gloire à vous, martyrs de  la France". Après l’élévation, Mlle Ginoux-Defermon, accompagnée par Mlle Bernard, chanta d’une voix pure et expressive une invocation au " Dieu des martyrs" écrite pour la circonstance sur la " Souvenez-vous" de Massenet.

    La messe terminée, M. le vicaire général Lemoine monta en chaire, félicitant Moisdon d’avoir choisi pour symboliser le courage de ses morts la statue de Jeanne d’Arc ; il fit une saisissante comparaison entre notre héroïne nationale et les héros de la grande guerre, qui, comme elle sortis du peuple de France, sont partis, ont souffert, et sont morts comme elle pour la salut de la patrie, en donnant au monde les même leçons de vaillance et d’honneur.

    Le R.P. abbé de la Trappe de Meilleraye donna alors l’absoute, assisté par M. le chanoine Lemoine et de M. le chanoine Tessier, curé d’Erbray, qu’entourait une couronne de prêtres, curé du canton et séminaristes.

    La sainte Cécile exécuta une marche funèbre, pendant que la foule s’écoulait en silence sur la place où le défilé s’organisait.

    En tête, les bannières paroissiales, les enfants des écoles, tous une fleur à la main, les enfants de Marie et les membres de la Jeunesse catholique, puis la fanfare, puis le clergé suivi des autorités et des sociétés groupées autour de leurs drapeaux : Vétérans et U.N.C. de Moisdon, Anciens combattants, Mutilés et Réformés, et Anciens Prisonniers de guerre de Châteaubriant. En long cortège venaient ensuite les familles des morts, derrière une couronne, symbole de leurs regrets, portée par M. Dauffy, qui a eu la douleur de perdre ses quatre enfants.

    Sous une chaude lumière coupée d’averses, le monument était merveilleusement décoré de banderoles, de guirlandes et de fleurs qui faisaient des dessins multicolores sur un tapis de mousse : chef d’œuvre de patience et de goût que composèrent des mains d’artistes sous l’inspiration de M. le vicaire.

    Après l’hymne de Victor Hugo, "Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie", M. le curé sut exprimer, en quelques mots du cœur, le sens de la fête, hommage de la paroisse à ses enfants regrettés. M. le docteur Bernier, président de l’U.N.C. de Moisdon et du Comité d’érection, dit sa joie d’avoir réussi à élever, avec le concours de tous, ce monument de la reconnaissance, dont il fit remise à la municipalité. Il fit l’appel des 111 noms inscrits sur le marbre ; à chaque nom, les hommes répondaient : " Morts au champ d’honneur".

    Les clairons sonnèrent "au drapeau". Le R .P. abbé prononça la formule de bénédiction.

    Puis, M. GInoux-Defermon, député-maire, prit la parole. Il excusa les députés et sénateurs absents, ainsi que M. le Préfet, M. le Sous-Préfet et le général (représenté par le lieutenant Sautejeau). Il se rappela avec émotion tous ces jeunes gens qu’il avait connus dès leur enfance et qui ont sacrifié leur jeunesse au pays. M. Martin, notaire, vice-président de l’U.N.C. et représentant du Souvenir Français, rendit un nouvel hommage à ses anciens compagnons d’armes. Et lorsque les voix fraîches des enfants eurent chanté un hymne aux chers soldats, M. de la Ferronays, au nom de ses collègues du Parlement, clôt la série des discours par une haute leçon d’énergie professionnelle et d’attachement au devoir quotidien pour continuer l’œuvre de nos morts.

    Le chant " À l’étendard " termina la cérémonie.

    Pendant qu’au presbytère, dans une suite de toasts familiers, M. le Curé, puis M. le vicaire général et le R.P. abbé disaient leur bonheur d’avoir assisté à cette belle fête du souvenir, un repas de 100 couverts, servi par la maison Bossé de Châteaubriant, réunit à la Mairie toutes les autorités. M. Ginoux remercia aimablement ses invités, M. de Juigné aborda le grave sujet de la nouvelle loi militaire ; M. Le Cour s’abandonna à une causerie enjouée et spirituelle ;  M. Billaud, avoué, fit ressortir l’union qui a toujours existé entre Moisdon et Châteaubriant ; M. de Landemont, rappelant qu’il était venu, il y a dix sept ans, remettre leur drapeau aux Vétérans, invita tous les bons Français à tenir les yeux fixés sur l’Allemagne pour empêcher une autre agression ; M. Martin et M. Legal, juge de paix, saluèrent la France, à qui va, en définitive, l’honneur de cette journée.

    Journée d’union parfaite, d’harmonie et de beauté morale, toute pleine de consolation et d’espoir.

  • Inauguration - Presse 19/08/1922
    Source : La Pince sans rire

    La Pince sans rire, 19 août 1922 LE  MONUMENT Il était une fois un petit bourg, aux confins du département,  qui voulait avoir aussi ...

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    Inauguration - Presse 19/08/1922

    La Pince sans rire, 19 août 1922

    LE  MONUMENT

    Il était une fois un petit bourg, aux confins du département,  qui voulait avoir aussi son monument aux morts de la grande guerre.

    Ce petit bourg avait nom Moidère-la-Rivedon et possédait un certain nombre d’édiles riches en idées et point habitués à se moucher avec des briques, comme on va voir.

    Un industriel du pays avait dit : Vous voulez honorer vos morts par un beau monument ; allons-y : moi j’offre une maquette d’un prix de Rome.

    Pourquoi tant d’histoires, protesta un médecin ? Je connais une belle statue de Jeanne d’Arc qu’on aurait pour pas grand-chose ; une occasion tout ce qu’il y a d’exceptionnel. Il suffirait de la remettre à neuf avec un coup de peinture, ton bronze-chocolat et vous m’en direz des  nouvelles.

    L’avisé conseil municipal sauta sur l’occasion et c’est ainsi que le 23 juillet dernier, on inaugurait à Moidère-le-Rivedon une statue de Jeanne d’Arc qui était qualifiée officiellement de monument aux morts de la grande guerre.

    Drôle de monument ! Et Jeanne d’Arc elle-même avait l’air de se demander ce qu’elle faisait là, avec cette inscription sur son socle : 1914-1918. Rien d’autre que ça, ne rappelant la grande tuerie : ni casque, ni croix de guerre !

    Aussi le Président de la section des anciens combattants, invité à faire un discours le jour de l’inauguration, se trouva-t-il fort embarrassé. De qui fallait-il parler le plus, devant ce monument aux morts qui était une statue de Jeanne d’Arc ? De la sainte, de la patrie ou du poilu de la guerre de 1914 ? Il s’en tira par une bouillabaisse, copieuse mais assez mal réussie. Ces médecins – car ce président d’anciens combattants est médecin - n’en font jamais  d’autres. Et celui-là, pour administrer sa médecine à son auditoire, en même temps qu’à Jeanne d’Arc ahurie, ne perdait pas un pouce de sa petite taille.

    Des touristes qui traversaient le bourg au moment de l’inauguration s’arrêtèrent pour se rafraîchir au café de l’Ours Noir.

    • Sapristi, on se met bien ici ; pour s’offrir une statue de Jeanne d’Arc, il faut que les finances municipales soient prospères.
    • Mais, fit l’aubergiste, demi vexé, ce n’est pas une statue de Jeanne d’Arc, c’est un monument aux morts de la grande guerre.
    • Pas possible ? De  loin cette statue en chocolat, - Dieu veuille qu’elle blanchisse en vieillissant !- avait tout l’air de Jeanne d’Arc !
    • Mais oui, c’est bien Jeanne d’Arc, en effet, mais…
    • Mais c’est aussi le poilu de la grande guerre. Décidément, vous en avez des visions dans ce pays…

    Pendant que les touristes blaguaient ainsi les fantaisies municipales de Moidère-le-Rivedon, le conseiller général du canton prononçait d’une voix tonnante, presque vengeresse, un éloquent discours qui sera imprimé pour passer à la postérité à titre d’échantillon rarissime d’un talent trop caché.

    Très remarqué aussi à la cérémonie fut le lieutenant des pompiers dont la magnifique tenue sous l’uniforme provoqua l’admiration de nombreuses dames. Allure si avantageuse qu’une dame notable du pays, ne le connaissant pas le prit pour un autre : « Je ne connaissais pas le préfet, dit-elle ; mais il est très bien, c’est un bel homme ».

    Ce que c’est que de nous ! Très flatteur pour le pompier ; mais pour M. Bouju qui croyait ressembler pour le moins à un amiral !

    L’inauguration du monument aux morts de la grande guerre a éveillé chez les habitants de Moidère-le-Rivedon le désir de faire de temps à autre une petite fête. Car jusqu’à ce jour, bien que ce bourg soit un chef –lieu de canton, on n’y vit ni fête, ni foire, ni marché : c’est le chef-lieu de canton le plus morose de France.

    Le Comité Républicain  qui vient de s’y reconstituer, se propose de changer tout ça. D’autant plus que le Comité, très attaché au modérantisme pour n’effaroucher personne, s’est donné pour président lui aussi un autre médecin. Et un fameux médecin qui soigne gratuitement messieurs les gendarmes pour faire râler les anciens combattants. Il a tout de même gagné à cette œuvre pas mal de médailles d’argent, de bronze et d’or, sans compter le titre envié de cogne honoraire.

    Qui aurait dit que l’inauguration d’un monument si simple et de si bon goût réveillerait tant de passions !

    Ainsi ce comité républicain, si humble et si modeste, attendez-le à l’œuvre ; il est capable de grandes choses pourvu que M. le préfet Bouju lui donne un petit coup de main. Et M. Bouju sait que pour réussir il n’a qu’à s’habiller en pompier.

     

  • Presse 26/08/1922
    Source : Le Courrier de Châteaubriant et de la région

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 26 août  1922 En réponse à La pince sans rire... Moisdon-la-Rivière le 23 août 1922 ...

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    Presse 26/08/1922

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 26 août  1922

    En réponse à La pince sans rire...

    Moisdon-la-Rivière le 23 août 1922
    Les Moisdonnais se sont délectés cette semaine en lisant l’article si spirituel que Monsieur de la Pince a eu la bonne idée d’écrire sur le monument. Pour mettre les choses au point, le Président du Comité d’érection fait savoir à Monsieur de la Pince qu’aucune maquette artistique n’a été offerte gracieusement au Comité et qu’il est disposé à recevoir tout don utile qui pourrait embellir ce monument tant critiqué. Monsieur de la Pince, au lieu de nous pincer, ferait mieux d’ouvrir sa riche main pour en laisser tomber un don généreux.

  • Presse 02/09/1922
    Source : Le Courrier de Châteaubriant et de la région

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 2 septembre  1922 Lettre ouverte au Président du Comité d’érection du Monument aux Morts de Moisdon. ...

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    Presse 02/09/1922

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 2 septembre  1922

    Lettre ouverte au Président du Comité d’érection du Monument aux Morts de Moisdon.

    Cher Docteur,

    Vu l’article inséré dans « Le Courrier » de dimanche dernier, veuillez, je vous prie, permettre la mise au point ci-dessous.

    Lors de la réunion préparatoire, dans la salle de la Mairie, pour l’érection du Monument aux morts de la grande guerre, et devant une vingtaine de membres du comité, le docteur Bourigault et M. Godinier, architecte, mon directeur, ont offert en mon nom, et ce gracieusement, la maquette d’un des monument aux poilus exécutés par le sculpteur Graf, de Paris, prix de Rome.

    Monsieur Godivier offrit en même temps, et ce toujours à titre gracieux, de dresser les plans de la partie architecturale.

    Si j’avais été convoqué, et éventuellement présent à Moisdon ce jour-là, j’aurais eu l’avantage de faire moi-même cette proposition ; c’est pourquoi j’avais prié le Docteur Bourigault de s’en acquitter à ma place, ce qu’il fit.

    Ne pensez à aucun esprit de polémique de ma part et veuillez, je vous prie, me croire amicalement vôtre.

                                                                                                              Eugène FREITEL

     

  • Presse 02/09/1922
    Source : La Pince sans rire

    La Pince sans rire,  2 septembre 1922 UN BON PAYS Les Moisdonnais savent prendre les choses gaîment ; le Courrier de Châteaubriant du 26 août ...

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    Presse 02/09/1922

    La Pince sans rire,  2 septembre 1922

    UN BON PAYS

    Les Moisdonnais savent prendre les choses gaîment ; le Courrier de Châteaubriant du 26 août en porte témoignage. Heureux Moisdonnais ! Et comme nous nous félicitons de n’y être allé qu’avec le dos de la plume ! Car, à vrai dire, depuis le jouir où nous avions rendu compte de l’inauguration du monument aux morts de Moisdère-le-Rivedon, nous éprouvions quelque chose comme un vague remords ; les échos qui nous parviennent de cette charmante localité par l’intermédiaire de notre excellent confrère Le Courrier nous ont enfin rendu la paix.

    Toutefois, avec la meilleure volonté du monde, et quoique nous puissions rester spectateurs amusés d’une petite méprise, nous ne pouvons laisser planer aucun doute sur l’identité du pinceur. Hélas ! il n’a pas l’honneur d’être Moisdonnais ; c’est peut-être pour cette raison qu’il a été un peu surpris, étant venu à l’inauguration en amateur, de trouver une Jeanne d’Arc à la place du poilu désormais classique.

    Mais tout étranger qu’il fut à Moisdère-le-Rivedon cet enragé pinceur ne s’est pas moins efforcé de se renseigner pour arriver au maximum de vérité. Et il maintient qu’une maquette artistique a été offerte dans une réunion préparatoire à l’érection du monument ; il y a plusieurs témoins de l’offre, au moins deux ou trois ; la maquette était de M. G…, de Paris, prix de Rome.

    Enfin il paraît qu’à Moidère-le-Rivedon on ne vit plus que dans l’espoir de voir le pinceur nantais ouvrir sa riche main pour en laisser tomber un don généreux, que l’on affecterait à l’embellissement du monument. Hélas ! le pinceur a trop payé de sa personne pendant la guerre pour être classé parmi les nouveaux riches. Néanmoins, il offre très simplement un abonnement d’un an à La Pince au premier Moisdonnais qui lui expliquera pourquoi on a mis sur le socle du monument des chiffres qui risquent d’égarer les passants sur les dates de la naissance et de la mort de Jeanne d’Arc.

     

  • Presse 15/09/1922
    Source : Le Courrier de Châteaubriant et de la région

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 15 septembre 1922 En réponse à la lettre ouverte... Moisdon-la-Rivière, le 5 septembre 1922 Réponse ...

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    Presse 15/09/1922

    Le Courrier de Châteaubriant et de la région, 15 septembre 1922

    En réponse à la lettre ouverte...

    Moisdon-la-Rivière, le 5 septembre 1922
    Réponse à la lettre de Monsieur Freteil parue dans le Courrier de Châteaubriant du 2 septembre.

    Cher Monsieur,

    Aa suite de l’explication amicale que nous avons eue, je ne doute point de votre bonne foi, j’admets que vous ayez voulu offrir une maquette artistique par l’intermédiaire du Docteur Bourrigault et de Monsieur Godivier. Malheureusement, ces messieurs ont été de mauvais ambassadeurs, M. Godivier , au lieu de me faire connaître le détail de votre projet ou les œuvres de M. Graf, m’a mis en relation avec un de ses amis M. L’Hoest Ce denier m’a envoyé un projet de monument qui a été examiné puis rejeté par le Comité d’érection.

    Recevez, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments dévoués.

                                                                                                                      J. BERNIER

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